Danser
N°218 février 2003
Gravité de l’être et légèreté de ton
Elle est allongée, la tête entre les genoux d’une femme assise. Elle ouvre les yeux, elle sait à peine qui elle est. « Tu es ma sœur », assène alors l’autre avec autorité. L’autorité de ceux qui savent et qui dominent, ceux qui sont du côté du manche et ont le poids des ans et de la famille pour eux. « Rosaura » refuse le nom dans un non tout autant propitiatoire que réel : elle se réveille trois fois et trois fois elle se fait prendre au piège des gestes tendres et englobants, de la voix impérieuse qui lui souffle une identité. Cela pourrait être dramatique comme un huis clos à la Garcia Lorca, mais c’est enlevé grâce à l’inventivité d’une mise en scène qui se sert du corps pour renforcer le propos, à la manière d’un rêve ou d’un jeu de mot, par le déplacement et la condensation. A la fin, on est frappé par la puissance allusive de cette pièce de Brigitte Seth et Roser Montllo-Guberna qui manient avec brio la gravité de l’être et la légèreté du ton.
Agnès Izrine