El como quieres

El como quieres

Les Inrockuptibles
N°8 Octobre 1998

Arts/Scènes

El Como Quieres
Danse/preformance de Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna

Scènes Commençons par le commencement : elles sont belles, charmantes et ont l’humour chevillé au corps. Ca ne suffit pas pour être artiste mais, dans leur cas, ce sont des éléments intimement liés aux projets qu’elles développent. Elles partagent également un certain amour de l’univers hispanique. Pour la danseuse Roser Montlló Guberna originaire de Barcelone, ça va de soi, pour la comédienne Brigitte Seth, c’est une seconde nature. Les spectacles s’en ressentent et El Como Quieres n’échappe pas à la règle, pour ne pas dire qu’il est un concentré de leur vocabulaire. N’hésitant pas une seconde à se coltiner les clichés du magasin de souvenirs de la plaza de Toro, on n’échappe ni aux castagnettes, ni aux frappes avec chaussures à talons ou avec les mains, ni à la jupe noire évasée sans laquelle le flamenco devrait aller se rabiller. Toute cette artillerie rendue à un minimalisme désuet pour mettre le spectateur en confiance ou plutôt le mettre en tension. Leur maître mot, c’est « lo imprescindible ». Difficile à traduire autrement que par « le strict nécessaire ».Et, de fait, elle ne demandent rien. Deux chaises, aucune bande-son, de l’éclairage s’il y en a, leurs corps en mouvement, les textes qu’elles ont en tête ou qu’elles ont découpés, comme cet extrait de Théâtre/Roman d’Aragon qui pourrait être mis en exergue de chacune de leurs interventions. A la fondation Cartier à Paris où l’on ne peut malheureusement les voir qu’un seul soir, elles habiteront l’exposition d’Issey Miyake, interpellant quelques suspensions, circulant parmi le public,toujours à la limite de l’interactivité. Leur plus beau jeu, leur plus grande réussite, c’est cette complémentarité de tous les instants. Même éloignées dans l’espace, un geste, un regard, et la communication fonctionne à plein régime, sans artifice. Quand Roser regarde sa jambe droit dans le genou et lui dit « Je n’aime pas mon avenir », Brigitte est là, proche, en silence, en embuscade. Les mots, elles les manient aussi avec grande dextérité, en jouant sur le catalan, le castillan et le français, profitant de touts les traductions, des faux sens, des faux amis, des faux contextes. EL Como Quieres, comment aimes-tu ? Ou comment veux-tu ?

Pierre Hivernat